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Mexique : Les manifestants d’Oaxaca ne rendent pas les armes
Le 01/11/2006 à 7 h 00 - par Constance Jamet

Manifestants et policiers anti-émeute se sont de nouveau affrontés hier dans la ville mexicaine d’Oaxaca. Au cœur de ce conflit qui dure depuis 5 mois, la démission du gouverneur de l’Etat d’Oaxaca réclamée par les insurgés. Si les tensions persistaient, elles pourraient compliquer l’investiture du nouveau président mexicain, Felipe Calderon.

Des jeunes qui jettent des cocktails Molotov sur les policiers en hurlant « meurtriers » et détournent des voitures, autant de scènes de violence qui se répètent depuis lundi à Oaxaca, ville mexicaine et capitale de l’Etat du même nom. L’intervention des 4000 hommes de la police fédérale qui a délogé dimanche les manifestants de la grande place de la ville, le Zocalo, qu’ils occupaient depuis mai dernier, n’y a rien fait. Les protestataires se sont retranchés sur le campus universitaire et autour de barricades dans plusieurs quartiers périphériques et juré de reprendre la ville aux forces de l’ordre. Alors que le Mexique se remet doucement de la crise politique de cet été – le candidat conservateur Felipe Calderon et son rival socialiste Andres Manuel Lopez Obrador se contestant la victoire à la présidentielle* –, ce deuxième front comporte des risques de dérapage élevés.

Si pour le moment les confrontations directes entre émeutiers et police auraient été évitées, on se rapproche du scénario catastrophe sanglant redouté par le président conservateur mexicain Vicente Fox. Fox, dont le mandat expire le 1er décembre, a tenté d’éviter le recours des forces fédérales, espérant que les forces de l’ordre locales seraient capables de maîtriser la situation. Une position impossible à maintenir lorsque vendredi dernier un photographe américain aurait été abattu par un membre de la police locale en civil. Cette implication de la police marque l’apogée d’une insurrection de 5 mois visant le départ du  gouverneur de l’état Oaxaca, Ulises Ruiz.

Aux origines de cette crise, la fin de non recevoir, début mai, d’Ulises Ruiz aux  demandes d’augmentation de salaires des professeurs et d’amélioration des conditions de vie de leurs élèves (petits déjeuners gratuits, bourses, uniformes…), un refus qui les a poussés à la grève. L’Oaxaca est un des états les plus pauvres du Mexique : 65 % des foyers n'ont pas l'eau courante, 20 % des enfants sont exclus du système éducatif, la majorité des femmes souffrent de malnutrition. 

Le mouvement des professeurs connaît un tournant mi-juin lorsque Ruiz interdit les rassemblements sur le Zocalo – qui sont un mode courant de revendications – et envoie la police déloger les manifestants du centre ville. Dès lors les 70 000 enseignants reçoivent le soutien de l'Assemblée populaire des peuples d'Oaxaca (APPO), un groupement de 365 associations syndicales,  indigènes, féministes et paysannes. Cette union sacrée  monte des barricades dans les rues, organise des défilés qui rassemblent plus de 900 000 personnes, occupe les stations de radio et bâtiments administratifs et réclame comme condition sine qua non de négociation la démission d’Ulises Ruiz

Ce cacique du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), formation écartée du pouvoir en 2000 après soixante-dix ans de règne, traîne derrière lui une réputation sulfureuse. Accusé de corruption, élu dans des conditions douteuses en 2004, son arrivée au pouvoir s’est traduite par une diminution drastique des aides d’Etat aux communautés déshéritées et par une vague de travaux publics. A ce titre les terres concernées ont été rachetées pour une misère aux paysans. Il est aussi suspecté d’avoir éliminé des opposants politiques et d'avoir pompé  une part importante du budget afin de financer la campagne de Roberto Madrazo, candidat du PRI à la présidentielle du 2 juillet.

Conscient de la gravité de la situation, la Chambre des députés et le Sénat ont demandé au gouverneur de l'Etat d'Oaxaca, Ulises Ruiz, de démissionner, ce qu’il a refusé. Il n’est pas sûr que le gouverneur du PRI subisse des pressions plus importantes. Son soutien est essentiel au maintien au pouvoir du conservateur Felipe Calderon. L’intransigeance d’Ulises Ruiz fait craindre une contamination dans tout le pays. Des manifestants se sont rassemblés à Mexico, la capitale du pays, pour témoigner de leur solidarité tandis que l'Armée zapatiste de libération nationale et Andres Manuel Lopez Obrador ont également apporté leur soutien au mouvement. Un moyen pour le malheureux candidat socialiste, qui a encouragé d’autres villes à suivre l’exemple d’Oaxaca, de se rappeler au bon souvenir de Calderon.

 

* Voir l’article de Marianne-en-ligne : Mexique : un président « élu » par les juges .


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